De l’or extrait des entrailles du sol à celui qui pousse dans les champs, la vision portée par Mme Fanny Tshisekedi entend contribuer à changer le regard sur le potentiel agricole de la République démocratique du Congo. À travers l’initiative « Or Vert du Congo », elle met l’accent sur l’accompagnement des entrepreneurs agricoles, la transformation locale et la mise en relation des différents acteurs de la chaîne de valeur.
Pendant des décennies, l’image de la richesse congolaise a largement été associée aux ressources minières. Cuivre, cobalt, diamant et autres minerais ont profondément marqué l’histoire économique du pays. Mais derrière cette richesse du sous-sol existe une autre richesse, moins visible et pourtant renouvelable : celle des terres, des cultures et des femmes et des hommes qui les travaillent.
C’est autour de cette conviction que Mme Fanny Tshisekedi porte la vision d’« Or Vert du Congo », une initiative qui place l’agriculture, l’entrepreneuriat et la transformation locale au cœur d’une réflexion sur la diversification de l’économie congolaise.

De l’or minier à « l’or vert »
« Pendant que nos regards étaient tournés vers le sous-sol, nous avons presque oublié de regarder ce qui pousse juste au-dessus », résume-t-elle dans son témoignage.
Cette formule traduit l’un des fondements de sa démarche : considérer le potentiel agricole non plus uniquement sous l’angle de la production alimentaire, mais comme une véritable opportunité économique.
Dans les champs congolais, estime Mme Tshisekedi, se trouvent déjà les prémices d’une économie capable de créer de la valeur, des emplois et des entreprises. Encore faut-il donner aux producteurs les moyens de franchir les différentes étapes qui séparent une récolte d’un véritable produit commercialisé.

Car produire ne suffit pas.
Il faut pouvoir transformer, conditionner, transporter, conserver, financer et commercialiser.
C’est précisément sur cette chaîne que l’initiative entend agir.
Une vision née de la rencontre avec les producteurs
La démarche de Mme Fanny Tshisekedi s’est notamment nourrie de rencontres avec des producteurs, des entrepreneurs et des femmes maraîchères venus présenter leurs produits et partager leurs expériences.
Derrière ces rencontres, elle découvre une réalité souvent peu visible : des entrepreneurs qui investissent leurs propres moyens, expérimentent, innovent et tentent de développer leurs activités malgré les difficultés d'accès au financement, les contraintes logistiques, les problèmes d'emballage ou encore les difficultés d'accès aux marchés.
L'exemple de la fraise est particulièrement révélateur de cette volonté d'aller au-delà de la simple production agricole.
Produire une fraise constitue une première étape. Mais envisager sa transformation en confiture, par exemple, permet d'ouvrir une nouvelle chaîne de valeur, d'allonger la durée de conservation du produit et potentiellement d'augmenter sa valeur commerciale.
Cette logique de transformation constitue l'un des enjeux majeurs de la vision défendue à travers « Or Vert du Congo ».

Connecter les acteurs plutôt que laisser les initiatives isolées
Au cœur de cette démarche figure une idée simple : les compétences et les opportunités existent, mais elles doivent pouvoir se rencontrer.
Des producteurs cherchent des débouchés. Des entreprises ont besoin de fournisseurs. Des investisseurs recherchent des projets. Des institutions disposent de mécanismes d'accompagnement. Des partenaires techniques peuvent apporter leur expertise.
Le défi consiste alors à créer les passerelles nécessaires.
« Notre objectif est de créer des connexions : connecter ceux qui produisent à ceux qui peuvent financer ; connecter ceux qui innovent à ceux qui peuvent ouvrir les marchés ; connecter les talents, le capital, les compétences et même les opportunités », explique Mme Tshisekedi.
Cette approche donne à « Or Vert du Congo » une dimension qui dépasse la seule promotion de l'agriculture. Elle cherche à favoriser l'émergence d'un véritable écosystème entrepreneurial autour de la production agricole congolaise.

Produire, transformer et consommer davantage localement
Un autre constat se trouve au centre de cette réflexion : les supermarchés, restaurants et hôtels ont besoin quotidiennement de produits de qualité, disponibles en quantité suffisante et avec une certaine régularité.
Lorsque la production locale ne parvient pas à répondre à ces exigences, les opérateurs économiques se tournent vers les marchés extérieurs.
Pour Mme Tshisekedi, cette situation constitue à la fois un défi et une opportunité.
L'enjeu est de renforcer progressivement les capacités des producteurs locaux afin qu'ils puissent accéder à ces marchés et répondre aux exigences de qualité, de volume, de régularité et de transformation.
Il ne s'agit donc plus seulement de produire pour subsister, mais de produire pour entrer dans une véritable logique économique.
L'entrepreneur agricole au centre de la démarche
La vision d'« Or Vert du Congo » accorde ainsi une place particulière à l'entrepreneur agricole.
La femme maraîchère qui cultive quelques parcelles, le jeune qui développe une activité de transformation, le producteur qui cherche à accroître sa capacité de production ou encore l'entreprise qui souhaite structurer sa chaîne d'approvisionnement constituent autant de maillons d'une économie agricole à consolider.
L'accompagnement devient dès lors essentiel.
Il peut concerner l'accès au financement, la transformation, la recherche de débouchés, l'amélioration du conditionnement, la mise en relation avec des partenaires ou encore l'accès à de nouvelles opportunités commerciales.
Cette philosophie repose sur une conviction : le producteur ne doit pas être considéré uniquement comme un bénéficiaire d'aide, mais comme un acteur économique capable de créer de la valeur.
Une contribution à la diversification de l'économie congolaise
Dans un pays où les ressources extractives occupent une place majeure dans l'économie, la valorisation de l'agriculture peut constituer un axe important de diversification.
L'agriculture congolaise dispose d'un potentiel considérable, mais ce potentiel ne devient richesse que lorsqu'il est accompagné par des infrastructures, des investissements, des compétences, des mécanismes de financement et des marchés.
C'est dans cette perspective que s'inscrit la vision de Mme Fanny Tshisekedi.
« Nous voulons contribuer à changer le regard porté sur l'agriculture congolaise : ne plus la considérer seulement comme un secteur qui a constamment besoin d'être soutenu, mais comme un véritable moteur économique », affirme-t-elle.
Cette vision place donc la production agricole dans une perspective plus large : celle de la création d'entreprises, de la transformation industrielle, de la création d'emplois et de l'amélioration des revenus des ménages.
Transformer le courage en prospérité
Au-delà des mécanismes économiques, le projet revendique également une dimension profondément humaine.
Mme Tshisekedi évoque la situation d'une maman qui pourrait un jour regarder le fruit de son travail et se dire : « Grâce à cette récolte, mes enfants pourront aller à l'école. »
Elle évoque également le jeune qui pourrait considérer l'entrepreneuriat agricole comme une possibilité réelle de construire son avenir en RDC.
C'est là que se trouve, selon elle, le véritable sens de cette vision : faire en sorte que le travail fourni dans les champs puisse se traduire en revenus, en emplois, en entreprises et en perspectives pour les familles.
Une vision qui devra désormais se mesurer aux résultats
Pour Mme Fanny Tshisekedi, la réussite d'« Or Vert du Congo » ne devrait pas se mesurer uniquement au nombre de personnes mobilisées autour de l'initiative, mais à sa capacité à produire des résultats concrets : des entreprises accédant aux marchés, des financements mobilisés, des producteurs changeant d'échelle et des emplois créés.
Cette approche place ainsi la performance économique au cœur de l'ambition.
Car, au-delà des discours sur le potentiel agricole de la RDC, la véritable transformation suppose de passer de la production à la structuration des chaînes de valeur, de l'idée à l'investissement et du potentiel à la création effective de richesse.
« Notre terre porte des récoltes. Ensemble, faisons en sorte qu'elle porte aussi des espoirs », résume Mme Fanny Tshisekedi.
À travers « Or Vert du Congo », son ambition est de contribuer à faire émerger une autre lecture de la richesse congolaise : une richesse qui ne se trouve pas uniquement sous la terre, mais également dans ce que les Congolaises et les Congolais sont capables de produire, de transformer et de commercialiser.
Une vision qui place l'entrepreneur agricole au centre d'une équation essentielle pour la RDC : produire davantage, transformer localement, créer de la valeur et faire de l'agriculture un véritable levier de prospérité.
Michel Kasanga/CONGORELÈVE. NET
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