Dans les couloirs bruyants de la politique congolaise, certaines idées ressemblent à des rumeurs de marché : elles naissent dans le brouhaha, se gonflent d’ambition et finissent parfois par prendre l’allure d’un projet d’État. L’idée d’un pouvoir qui se prolongerait jusqu’en 2050 appartient à cette catégorie de fantasmes politiques où le rêve d’éternité frôle dangereusement la folie du pouvoir.
Car gouverner n’est pas régner sur un royaume personnel. Dans une République, le mandat est un bail temporaire, pas un titre de propriété. Pourtant, la tentation de réviser la Constitution pour prolonger son séjour au sommet ressemble à ce vieux réflexe africain : transformer la loi fondamentale en costume sur mesure. On élargit ici, on rallonge là, et soudain la démocratie devient un vêtement taillé pour un seul homme.
Mais même les ambitions les plus solides se heurtent à la réalité. Le projet de modification constitutionnelle, censé ouvrir la voie à un nouveau mandat, semble aujourd’hui avancer comme une vieille locomotive rouillée : beaucoup de fumée, peu de mouvement. Peut-être quelques glissements tactiques, quelques mois gagnés dans les méandres institutionnels… mais l’histoire politique congolaise nous rappelle une chose simple : aucun pouvoir n’est éternel.
Pendant ce temps, dans l’ombre du trône, un autre personnage affine sa patience. Vital Kamerhe, fidèle compagnon des retournements politiques, semble s’accrocher à la scène comme une sangsue à une veine nourricière. Sa stratégie paraît simple : rester assez proche du pouvoir pour ne pas disparaître, mais assez indispensable pour apparaître comme le successeur naturel.
La question devient alors presque théâtrale : lorsque le rideau tombera sur l’ère Fatshi, Kamerhe sera-t-il l’héritier… ou simplement un figurant qui attendait son tour dans la mauvaise pièce ?
Car la politique congolaise est un théâtre où les scénarios changent plus vite que les acteurs. Ceux qui se voient déjà présidents découvrent parfois qu’ils n’étaient que des marchepieds. Et ceux qui croient pouvoir rester jusqu’en 2050 se réveillent souvent bien avant l’entracte.
Au fond, la vraie interrogation n’est pas de savoir si quelqu’un peut gouverner jusqu’en 2050.
La vraie question est plus simple — et plus cruelle : le peuple congolais veut-il encore de ces rêves d’éternité politique, ou prépare-t-il déjà la prochaine surprise de l’histoire?
CONGORELÈVE.NET
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