Face aux cas signalés à Gwaka, dans le territoire de Budjala, l’ancien ministre de la Santé publique et député national élu de Budjala, Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda, appelle à une vigilance accrue et à un renforcement urgent des moyens de la riposte. Dans son message, l'élu de Budjala plaide notamment pour le financement du plan provincial, le soutien au personnel de santé et l’intégration du Sud-Ubangi dans l’initiative « Fleuve Congo sans Ebola ».
Voici l'intégralité de son message:
SUD-UBANGI: Clarification sur les cas de Gwaka et plaidoyer pour une riposte financée et soutenue
Par l'Honorable Dr Mbungani Mbanda Jean-Jacques, Député National, Ancien Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévention.
Chers compatriotes,
Face à l’épidémie d’Ebola qui circule dans notre pays et a atteint le Sud-Ubangi, il est de mon devoir en ma qualité de médecin et de député national, élu de Budjala,d'apporter une clarification sur la situation épidémiologique au Sud-Ubangi, et de formuler des recommandations concrètes pour protéger le Grand Équateur.
1. Ce que nous savons réellement sur l’épidémie à Gwaka dans le territoire de Budjala: il y’a eu des cas importés, mais pas un foyer autochtone.
Il est essentiel de comprendre que nous sommes face à des cas importés.
Le cas décédé à Gwaka le 8 septembre 2026 était une personne venue du Sud-Kivu, ayant effectué un long parcours: Rwanda, Burundi, Bunia, Kisangani, Bumba, Lisala, Akula. Sa destination finale était Zongo. C'est l'aggravation de son état à Akula qui a conduit les services sanitaires à la référer à l'Hôpital Général de Référence de Gwaka où elle est décédée.
Ce n'est pas un fait isolé. Déjà au mois de juin, un autre cas suspect, en provenance de Beni et passé également par Akula, avait connu la même issue mortelle à Gwaka.
Gwaka s'est donc retrouvé, de fait, comme un point de convergence pour des voyageurs malades en provenance de l'Est du pays.
Aujourd'hui, la riposte est organisée: 16 agents ont été déployés à Gwaka et à Gemena. Les deux premiers échantillons suspects analysés se sont révélés négatifs. Six nouveaux échantillons ont été envoyés à Kinshasa à l'INRB et nous attendons les résultats. Il n'y a donc, à ce jour, pas de cas autochtone confirmé au Sud-Ubangi, mais la vigilance doit rester maximale.
C’est d’ailleurs, le point le plus important, la surveillance doit rester maximale car nous savons tous, par expérience, qu'il existe un grand fossé entre les cas déclarés et les cas réels.
Un bon nombre de cas se fondent dans la communauté et ne sont malheureusement pas déclarés aux autorités sanitaires, par peur, par méfiance ou par manque d'information. C'est cette partie invisible de l'épidémie qui est la plus dangereuse.
2. L'urgence: une riposte sans moyens.
Voici la plus grande faiblesse actuelle: les équipes de la Division Provinciale de la Santé (DPS) du Sud-Ubangi et celles de la Zone de Santé de Bulu, qui tiennent la riposte à bout de bras à Gwaka, ne disposent d'aucun financement pour la prise en charge opérationnelle.
On ne peut pas demander à nos héros en blouse blanche de traquer un virus aussi dangereux sans carburant, sans équipement et sans soutien.
3. Mes recommandations pour une riposte efficace et humaine
Dans un esprit constructif, je propose au Gouvernement central et à nos partenaires trois actions urgentes:
Premièrement, intégrer et financer le plan de riposte de la DPS du Sud-Ubangi.
Ce plan existe, il a été élaboré par les professionnels qui connaissent parfaitement le terrain, l'axe Akula-Gwaka-Zongo et les réalités fluviales. Il est réaliste et opérationnel. Il doit être pris en compte et financé sans délai, au lieu d'être doublé par des plans conçus loin du terrain.
Deuxièmement, écouter et répondre aux revendications légitimes du personnel médical.
En cette période critique d'épidémie d'Ebola, nos médecins et infirmiers menacent d'aller en grève pour faire entendre leurs revendications. Le Gouvernement central doit prendre en compte leur situation. On ne peut pas gagner une guerre contre Ebola avec un personnel de santé démotivé et en grève. Protéger les soignants, c'est protéger la population.
Troisièmement, intégrer le Sud-Ubangi dans l'Initiative "Fleuve Congo sans Ebola".
La province du Sud-Ubangi est une province d'eau, traversée par de nombreuses rivières et par le fleuve Congo lui-même, qui est sa principale voie de commerce et de communication. Comme je l'ai déjà expliqué, son économie est fluviale. Il est donc impératif qu'elle bénéficie d'un financement spécifique à travers le fonds "Initiative Fleuve Congo sans Ebola" pour sécuriser les ports, former les équipages des baleinières et mettre en place des postes de contrôle sanitaire fluvial. Protéger le fleuve, c'est protéger Kinshasa et c'est protéger l'ensemble du Grand Équateur.
Quatrièmement, j'en appelle solennellement aux élus de la Grande Province de l'Équateur et particulièrement à mes collègues du Sud-Ubangi.
Chers collègues Députés Nationaux, Sénateurs, Députés Provinciaux, la riposte contre Ebola ne peut pas être seulement l'affaire des médecins. C'est une affaire de leadership communautaire.
Je vous invite à vous impliquer personnellement et immédiatement dans la sensibilisation sur le terrain. Expliquons à nos populations que signaler un cas n'est pas une honte, c’est plutôt un devoir, que se laver les mains et éviter de toucher un malade ou un corps sans protection, c'est protéger sa propre famille. Notre voix porte plus qu'un communiqué officiel.
En conclusion, le cas du Sud-Ubangi nous enseigne une chose: Ebola voyage avec les hommes. Pour l'arrêter, il faut soutenir les hommes qui l'arrêtent: nos personnels de santé.
CONGORELÈVE.NET
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