Paie des fonctionnaires en RDC : l’Etat handicape ses propres institutions financières au profit des banques étrangères

« Certes le pays n’a plus de banques propres à lui. Mais au moins, il existe des institutions de micro finances qui peuvent si il y a une bonne volonté se transformer en des banques», a-t-on lu dans une étude sur les finances publiques.

Cette citation conduit au questionnement du pourquoi- huit ans après l’accession au pouvoir du 5e président de la République- l’Etat congolais continue à payer ses agents et fonctionnaires à travers les banques commerciales étrangères sans vouloir améliorer son système financier ?

Le pays a un secteur bancaire mixte, avec des acteurs locaux majeurs comme Rawbank (famille Rawji, RDC), BCDC (Fortis/Forrest, Belge/RDC) et EquityBCDC (Equity Group, Kenya), côtoyant des banques africaines régionales comme Ecobank (Togo/Afrique), BGFI Bank (Gabon/Congo), FirstBank (Nigeria), Standard Bank (Afrique du Sud) et Access Bank (Nigeria), offrant des services diversifiés avec une forte présence à Kinshasa, selon un article consulté. 

Le système bancaire congolais compte environ 17 banques commerciales, principalement étrangères, complétées par des institutions de microfinance, des caisses d'épargne et d'autres établissements financiers non bancaires, pour un total d'environ 100 intermédiaires financiers actifs, bien que le nombre exact puisse fluctuer.

En outre, ils sont de milliers de congolais qui sont payés via ses banques sans se soucier de combien elles profitent de cette collaboration, ou encore si cette coopération est gagnant-gagnant.

Chaque année, le gouvernement de la RDC débloque des milliards de francs congolais (CDF) pour la paie ses agents, avec une masse salariale en forte croissance, atteignant environ 7 736 milliards de CDF pour les huit premiers mois de 2025, à peu près 4 millions de dollars américains par an, contre 5 634,1 milliards en 2024, selon les données de la Banque Centrale. Ceci souligne une hausse significative de la masse salariale qui représente une part importante des dépenses publiques, avec des salaires de base qui ont connu des augmentations (jusqu'à 45%).

Les banques tirent des bénéfices substantiels, estimés en dizaines de millions de dollars annuellement, de la gestion des salaires des fonctionnaires, car elles reçoivent des fonds gouvernementaux pour ces paiements, transformant ce flux en une source de revenus importante via les services et la gestion des comptes. 

Le volume total des salaires payés aux agents de l'État représente une manne financière considérable pour les institutions bancaires qui gèrent ces opérations, selon Bankable.Africa.

Si le système financier congolais n’a pas pu évoluer dans le temps, ces banques étrangères ont pour l’objectif premier de faire de profit oui. Il est mis à jour, chaque jour, afin de soutirer chaque 10 francs congolais d’intérêt. 

Certes, le pays a beau loué la bancarisation des agents et fonctionnaires de l’Etat qui a connu une accélération majeure à partir de juillet 2011, notamment avec le lancement par le gouvernement de l'opération de paiement des salaires des fonctionnaires par virement bancaire, imposant l'ouverture de comptes à plus de 700 000 agents pour réduire la fraude, améliorer la transparence des paiements et étendre l'inclusion financière et lutter contre la pauvreté, malgré un taux de bancarisation global restant faible (autour de 6 à 15% selon plusieurs sources).

Bien que des progrès significatifs aient été réalisés pour les fonctionnaires, le taux de bancarisation générale de la population reste bas (environ 6% en 2022/2024), loin de la moyenne africaine (15%).

Mais depuis, le système n’a plus évolué, voire il est devenu obsolète avec l’avènement de l’intelligence artificielle. Ce qui demande de nouvelles réformes pouvant faire face à la corruption, au détournement, au vol, aux intelligences mafieuses,… Cette thèse s’affirme par les multiples dénonciations et réclamations de non satisfaction des services bancaires faites par les consommateurs congolais auprès de ces banques bénéficiaires de contrat avec le gouvernement. Que ça soit lors d’une transaction, d’un virement, d’un prêt ou d’un remboursement. Que dire alors pour les profits significatifs « gain annuel » que ces banques commerciales étrangères réalisent grâce à la gestion des paiements massifs de salaires d'agents de l'État congolais ? La réponse fait froid au dos.

Alors que les banques étrangères font des profits énormes avec les fonds nationaux, la loi indique que pour créer une banque en RDC, il faut réunir un capital minimum, fixé par la Banque Centrale du Congo (BCC) à l'équivalent de 50 millions de dollars américains (USD 50.000.000), applicable depuis fin 2020, payable en francs congolais (CDF). Ce capital minimum est exigé pour une banque commerciale et doit être souscrit et libéré lors de la constitution de la société, qui doit être une Société Anonyme. 

Ainsi, avec les dizaines millions que gagnent les banques étrangères via le paiement des agents et fonctionnaires de l’Etat, le pays peut transformer ses institutions de micro finance en des banques capables d’absorber ce fonds et contribuer ainsi au développement en lieu et place de perdre des capitaux au profit d’autres pays.

« A un certain moment, nous devons être sérieux dans ce que nous faisons si nous voulons développer la RDC. Et cela implique la bonne volonté de chercher l’intérêt collectif. Ce que nous perdons chaque année au profit des banques étrangères peut créer une banque congolaise pouvant les concurrencer», a conclu un expert financier consulté.

Eidge Man/CONGORELÈVE. NET

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