RDC-Union sacrée: quand le dialogue devient soudain une vertu

Pendant des mois, le simple mot « dialogue » provoquait chez certains zélateurs de l'Union Sacrée une véritable crise d'urticaire politique. À les entendre, dialoguer relevait presque de la haute trahison. Les réseaux sociaux étaient transformés en champs de bataille où toute voix appelant à la concertation était aussitôt clouée au pilori.

Le Cardinal Fridolin Ambongo, qui n'avait cessé de plaider pour un dialogue national afin d'éviter au pays de s'enfoncer davantage dans la crise, en a fait les frais. Insultes, caricatures, procès d'intention : tout l'arsenal des flatteurs professionnels fut mobilisé contre celui qui prêchait pourtant une valeur universelle, celle de la paix.

Puis survint le retournement de scénario.

Le Président Félix Tshisekedi choisit finalement d'ouvrir la porte au dialogue. En un instant, ceux qui, la veille encore, dénonçaient cette idée avec une ferveur quasi religieuse découvrirent que le dialogue était devenu... une brillante vision présidentielle. Les mêmes voix changèrent de partition avec une rapidité digne des meilleurs acrobates. Hier, le dialogue était un poison ; aujourd'hui, il est un remède miracle.

La politique congolaise offre parfois ce spectacle fascinant : certains ne défendent pas des convictions, mais le sens du vent. Leur boussole n'indique ni le nord, ni l'intérêt général ; elle pointe simplement vers le palais présidentiel.

À l'issue de sa rencontre avec le Chef de l'État, le Cardinal Fridolin Ambongo a salué l'initiative présidentielle en déclarant :

«Au nom de tous mes collègues, les chefs religieux, j'exprime ma gratitude au Président de la République qui, en tant que père d'une nation, d'une famille, s'est surpassé pour prendre cette initiative et inviter tous les fils et filles du Congo à s'asseoir et à se dire ce qui ne va pas. Voilà pourquoi aujourd'hui, je lui dis de tout cœur merci pour cette hauteur.»

Une déclaration qui rappelle une évidence : le dialogue n'est pas une capitulation, mais un acte de responsabilité lorsqu'une nation traverse des épreuves.

Reste maintenant une question pour les anciens pourfendeurs de cette démarche : auront-ils l'humilité de reconnaître qu'ils ont insulté trop vite ceux qui appelaient à la paix ? Ou préféreront-ils réécrire leur propre histoire, comme si leurs invectives n'avaient jamais existé ?

Au Congo, les convictions changent parfois plus vite que les saisons. Les girouettes, elles, n'ont jamais eu besoin de demander la direction du vent.

Roger Biley/ CONGORELÈVE.NET

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