TRIBUNE: IL N'EXISTE PAS DE PAIX DURABLE DANS L'IMPUNITÉ NI UN VRAI DIALOGUE SANS CONFIANCE MUTUELLE

IL N'EXISTE PAS DE PAIX DURABLE DANS L'IMPUNITÉ NI UN VRAI DIALOGUE SANS CONFIANCE MUTUELLE ( Tribune)

On ne peut pas parler de dialogue, de cohésion nationale ni de paix dans l'impunité, en donnant l'impression de nourrir ceux qui violent les lois du pays.

Comment comprendre cette ambiguïté ? Nous voulons la paix et la cohésion nationale. Pourtant, ce que l'on sert sur la table, à la veille du dialogue, semble nourrir davantage la division que l'unité.

On appelle au dialogue pour mettre fin à la guerre des armes. Mais, en coulisses, on a l'impression que certains cultivent la division en soutenant, au sein de plusieurs partis politiques invités à ce dialogue, des acteurs sans qualité ni légitimité.

Le parti de Jacques Kyabula, l'Action pour la Rupture et le Développement (ARDEV), n'est pas le seul dont la direction est disputée par des usurpateurs. Le 4 juin 2026, quelques semaines après la démission de Jacques Kyabula du gouvernorat du Haut-Katanga, une frange du bureau politique a annoncé sa destitution et installé une structure parallèle conduite par John Kaswamanga Ngandu. Le 29 juillet 2026, le Tribunal de grande instance de Lubumbashi a pourtant confirmé Jacques Kyabula comme seul président statutaire du parti et sommé les frondeurs de restituer les attributs du parti. Malgré ce jugement, l'aile Kaswamanga continue de se réclamer de la direction de l'ARDEV. On profite ainsi de la mise à l'écart politique de son initiateur, hier au service du pouvoir et présenté depuis comme le mal incarné.

Le cas de l'UNC de Vital Kamerhe est tout aussi frappant. Le fondateur du parti croule sous les injures. Des voix comme celle de Daniel Mwananteba se posent en lieutenants et passent leurs journées à l'attaquer, à exposer ses faiblesses, jusqu'à salir l'image de sa famille, comme ce fut déjà le cas lors du procès dit « des 100 jours ». À cela s'ajoutent des tensions internes à relents tribalistes, que Vital Kamerhe a dû condamner publiquement en août dernier. On cherche à pousser de nombreux cadres vers la sortie pour fragiliser le parti avant 2028. Vital Kamerhe, connu pour son éloquence sur les questions sécuritaires, est longtemps resté silencieux, au point qu'une partie de la classe politique le lui a reproché. Il n'a repris la parole que le 14 octobre, pour interpeller Joseph Kabila. Ce long silence en dit long sur le découragement que produisent de telles manœuvres.

Il y a aussi l'AFDC du professeur Modeste Bahati Lukwebo. Deuxième force politique du pays et l'un des principaux piliers de la majorité, l'AFDC a contribué à la consolidation du pouvoir en place. Le 25 mars 2026, quelques jours après la démission de Modeste Bahati de la deuxième vice-présidence du Sénat, un groupe se présentant comme le « collège des fondateurs » a annoncé sa destitution. Ce groupe a installé un « comité de crise », que les statuts du parti ne prévoient pas, dirigé par Otto Bahizi avec Thierry Betu. Or, selon le camp Bahati, Thierry Betu avait quitté l'AFDC dès 2022 pour rejoindre un autre regroupement politique. Le secrétariat général et plusieurs fédérations, dont celle du Nord-Kivu, ont désavoué ces frondeurs. Pourtant, en avril 2026, le ministère de l'Intérieur a donné suite à leur contestation en suspendant les résolutions du congrès de l'AFDC. En mai, des cadres fidèles à Modeste Bahati, dont son vice-président national, ont été interpellés au beach Ngobila. Des avis de recherche ont bien été émis contre Otto Bahizi et Thierry Betu. Mais ils circulent librement, et l'on apprend même que ces avis auraient été levés par le parquet.

Dès lors, comment ne pas prêter foi aux rumeurs selon lesquelles ces groupes d'individus seraient entretenus par le pouvoir lui-même, dans le but d'affaiblir un Vital Kamerhe et un Modeste Bahati jugés gênants pour le parti au pouvoir dans la perspective de 2028 ? Ces rumeurs gagnent en crédibilité pour une raison simple : l'impunité n'agit plus dans l'ombre, elle s'affiche sans la moindre retenue.

Le danger est réel. Lorsque Jacques Kyabula, Vital Kamerhe et Modeste Bahati se retrouvent dans la même situation, on offre un argument de poids à ceux qui, comme Joseph Kabila, Paul Kagame ou Corneille Nangaa, affirment que les swahiliphones sont malmenés et calomniés par le pouvoir. Comment, dans un tel climat, prêcher un dialogue inclusif et sincère ? Comment parler de décrispation ? La RDC doit rompre avec ces stratégies dépourvues de toute valeur morale.

Le Président de la République, arbitre de tous, devrait entendre les acteurs politiques victimes de calomnie, de répression, de haine tribale, d'injustice politique et de toute pratique qui compromet un véritable dialogue.

Si, au sein même de l'Union sacrée, la cohésion fait défaut, comment inspirer confiance à ceux qui réclament un dialogue franc et sincère ? Comment comprendre que le pouvoir ne parvienne pas à éteindre son propre feu ?

Le Président de la République le sait aussi : le vrai dialogue ne se mène pas seulement avec ses adversaires politiques. Il commence avec ceux qui partagent sa vision, afin d'inspirer confiance à ceux qui ne la partagent pas.

Amour sans Zigzag

LAISSER VOTRE COMMENTAIRE